MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

Toutes peines confondues

Michel Deville Toutes peines confondues

Un agent d’Interpol. Un homme d’affaires suisse . Un jeune officier de police. Ils mènent le jeu tour à tour. Analyser les failles, les enjeux, les atouts : ce ne sont pas ce qu’ils semblent être. Les coupables, les victimes, les sincères et les menteurs non plus. Ou bien ils sont tous tout cela en même temps. Dans ce film noir, le pire danger, n’est-ce pas d’aimer ?

France / 1992 / 107 min
Avec Jacques Dutronc, Patrick Bruel, Vernon Dobtcheff, Mathilda May, Bruce Myers, Sophie Broustal, Eric Da Silva, Joël Barbouth, Jean Dautremay, Sava Lolov, Romain Bonnin, Bernard Waver, Benoît Magimel, Christophe Brault, Jocelyn-Clair Durvel, Hans-Heinz Moser.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Rosalinde Deville d’après « Sweet Heart » d’Andrew Coburn
Production Rosalinde Deville
Dialogue Rosalinde Deville
Musique Dimitri Chostakovitch
Montage Raymonde Guyot
Lumière Bernard Lutic
Cadrage Max Pantera
Son Guillaume Sciama et François Groult

EXTRAITS CRITIQUES

  • Ballet de voitures. Voiture jaune, la couleur des traîtres. Rouge, sanglante. Noire, opaque, celle de l’homme à abattre, à qui Jacques Dutronc prête son visage de spectre ironique et ravagé. Fantôme qui semble se jouer des autres, comme une sorte de Paltoquet, mais se retrouve néanmoins floué. Dupé. Puisque le sort de l’être humain est de ne pouvoir, un jour, s’empêcher de donner sa confiance à quelqu’un. Et de payer cher cet instant de faiblesse.

  • Alors, les personnages de Deville essaient d’échapper à cette faiblesse qui les ronge et finira par avoir leur peau. Ils ne font que fuir, de réplique en réplique, de plan en plan. Ils se fardent, ils se masquent. Deville les aide, par ses mises en scène. Et la mise en scène, habile et implacable, même si certains s’obstinent à la considérer comme futile, est conçue pour permettre aux héros d’esquiver, de fuir encore. Plus loin. L’important est de ne pas se laisser prendre et de rester maître du jeu.

  • Une noirceur absolue éclate dans Toutes peines confondues. Aussi brillamment que d’habitude et plus ouvertement, Deville y décrit un monde sans pitié. Un monde déterminé, où les tueurs tuent et les traîtres trahissent, parce qu’ils sont faits pour ça. Un monde sans innocence, donc, mais surtout sans échappatoire ni rachat. Dans Le cercle rouge, Melville affirmait : tous les hommes sont coupables. Il y a un peu de cette idée dans Toutes peines confondues, avec cette variante encore plus effrayante : on est coupable aussi de ce que l’on n’a pas su empêcher.

  • Que reste-t-il alors à ces personnages que Deville filme avec un soin de plus en plus maniaque et une affection de plus en plus marquée ? La trace des sentiments. Les larmes de Fanny Ardant dans Le Paltoquet. Marionnette elle est, marionnette elle reste, mais la nuit, elle pleure sur ses poupées qui veulent l’abandonner…

  • Dans Toutes peines confondues, Jane Gardella (Mathilda May) aime sincèrement son mari Gardella (Jacques Dutronc) qu’elle trahit. Et Wade (Patrick Bruel) aime sincèrement Jane Gardella, et sans doute aussi Gardella. Entre ces trois là, le ver est dans le fruit. L’affection la plus entière est celle qui lie Gardella à son alter ego Scandurat (Bruce Myers). Ce n’est pas la première fois que Deville peint le trouble qui peut naître entre deux hommes. Dans Péril en la demeure, ou Le dossier 51, et même À cause à cause d’une femme. Lors d’une scène très belle, quand tout se délite et que la mort est certaine, on voit dans l’ombre d’une voiture, Gardella et de Scandurat se toucher front à front, dans un geste émouvant de tendresse et (presque) dénuée de sensualité.

  • Le personnage le plus important de Toutes peines confondues est peut-être le garde du corps – homme à tout faire, aux yeux profonds comme la mort. Un simple « Dommage ! » lui échappe, quand il se voit contraint d’exécuter, à l’aéroport, une pauvre fille qui n’avait rien à voir avec l’affaire. Le reste du temps, en bon héros de Michel Deville, il regarde. Il regarde, de loin, les dîners que partagent ces êtres qui se désirent et se trahissent et qu’il n’écoute pas. C’est un voyeur. Et quand il parle, c’est à un dictaphone. Il murmure des bouts de phrase, et quelques mots d’amour à une femme que l’on ne verra jamais. Et qui, peut-être, n’existe pas.

TÉLÉRAMA – Pierre Murat