MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

La femme en bleu

Michel Deville La femme en bleu

Paris 1972. Pierre, un homme heureux, quarante-cinq ans, du charme, un métier agréable, une bonne voiture, des amis, des amies. Et une Aurélie. Un jour, il rencontre une femme qui lui plaît, tout de bleu vêtue. Il la laisse s’échapper, veut la retrouver. Et, de ce jour, les heures de Pierre sont comptées.

France / 1973 / 95 min
Avec Michel Piccoli, Lea Massari, Michel Aumont, Simone Simon, Amarande, Geneviève Fontanel, Sabine Glaser, Patricia Lesieur, Fabienne Arel, Henri Courseaux, Alain Astruc
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Michel Deville
Production Léo L. Fuchs
Musique Franz Schubert, Béla Bartók
Montage Nina Companeez
Lumière Claude Lecomte
Cadrage Loulou Pastier
Son André Hervée

EXTRAITS CRITIQUES

  • Avec Michel Deville, les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles paraissent. Non qu’il les embrouille à plaisir. Au contraire. Par élégance, par défiance, il se donne même les gants de fournir dès le début l’issue de l’intrigue. Le héros se suicidera, nous en voilà prévenus. Mais ils sont cocasses et incertains les chemins qui conduisent à la mort. Ce seront ici ceux de la comédie de mœurs. Des rires, beaucoup de sourires, des gags tendres et charmeurs vont nous accompagner vers ce geste que nous connaissons déjà, vers cette mort, ultime révérence plutôt que recours du désespoir.

  • Chez Michel Deville, ce n’est jamais l’histoire qui est importante. Ce sont les personnages. Ils sont deux dans La Femme en bleu, deux amants d’aujourd’hui, rompus à toutes les roueries, les fausses malices et les petites misères de l’amour, mais dont la lassitude comblée garde encore des appétits de bonheur. La comédie cavalcade que se jouent Pierre et Aurélie est faite de crises larvées, de sursauts rieurs, de complicité authentique, de sensualité raisonnable. Mais avec le souvenir de la femme en bleu, la vie en morose submerge ces joliesses tièdes où ils s’étaient réfugiés. Pierre part au rendez-vous de la mort. J’oubliais l’essentiel : le parcours n’aura été que drôlerie, charme et grâce.

  • Michel Deville reste extraordinairement fidèle à la trame, aux thèmes et aux vertus de son œuvre antérieure. Les nostalgiques de Benjamin ou de À cause, à cause d’une femme ne seront pas déçus. Ni ceux de L’Ours et la poupée. Sauf que l’ours (très savant Piccoli) et la poupée (très sophistiquée Lea Massari) dansent cette fois sur « La Jeune fille et la mort », qui définit le thème profond du film et lui donne sa gravité.

  • Ce à quoi Michel Deville reste par-dessus tout fidèle, c’est à son art inimitable de pousser ses interprètes au meilleur de leurs possibilités. Dès son premier film, des tout débutants comme Anna Karina, Claude Rich, Françoise Dorléac, Guy Bedos, Georges Descrières révélaient d’éclatantes qualités. Michel Deville les avait d’abord révélés à eux-mêmes. Dans La Femme en bleu, Michel Piccoli peaufine avec une sensibilité raffinée le don juanisme las dont il s’est fait une spécialité. Mais ici, il consent à faire vivre, vibrer, s’animer son visage qui nous raconte l’histoire cachée sous l’histoire. Bravo M. Piccoli, bravissimo M. Deville !

  • Quant à Lea Massari, elle confirme la force de sa présence à l’écran. Il y a dans sa silhouette, dans sa chair, la manière qu’ont ses yeux, sa peau de retenir la lumière, une sorte de biochimie étrange qui lui donne à l’écran un surcroît de réalité. Nous savions Michel Deville à l’aise avec la clarté diaphane d’une Catherine Deneuve, nous le savons maintenant capable de dompter la puissance d’une Lea Massari. Ai-je assez dit qu’il fallait voir La Femme en bleu ? .

Le journal du dimanche – Pierre Billard