MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

La petite bande

Michel Deville La petite bande

Ils sont sept, et qui s’ennuient. Sept petits Anglais de sept à dix ans, quatre garçons, trois filles. Une banlieue triste, un été sans promesses, des parents navrants. Parce qu’on est bien ensemble et qu’on sera mieux ailleurs, on part, à la belle aventure, découvrir ce qui se cache au-delà du prochain virage.

France / 1983 / 91 min
Avec François Marthouret, Roland Amstutz, Jean-Pierre Bagot, Nathalie Bécue, Liliane Bertrand, Jean Bois, Jacques Cancelier, Dominique Constantin.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Gilles Perrault
Production Pierre Grimblat
Dialogue Yann Apas, Jean Népami
Musique Edgar Cosma
Montage Raymonde Guyot
Lumière Claude Lecomte
Cadrage Eric Faucherre et Max Pantera
Son André Hervée et Joël Beldent

EXTRAITS CRITIQUES

  • Ils sont sept enfants, sans âge précis, de tous les (petits) âges. Un jour d’excès, un instinct les guide : ils partent, un point c’est tout, plus ou moins sous l’autorité de l’un d’entre eux (que l’on imagine sourd-muet, mais quelle importance ?). Finie la vie mesquine des rapines de bonbons à l’étalage ou la morosité du conservatoire municipal.

  • La fugue s’organise, vivifiante et polissonne, de Londres à la campagne picarde. Certains disparaissent puis réapparaissent, au gré des barbantes vicissitudes adultes. La route est probablement longue, mais peu importe puisqu’elle ne mène nulle part, c’est-à-dire partout, et qu’elle n’a pas de but. Bien sûr, le danger guette. La cruauté des « grands » est sans limite. Pire : leur volonté de destruction est polymorphe. Elle peut prendre la forme du parentalisme, de l’aide socio-éducative, du moralisme ou encore de la franche répression. Heureusement, la sagacité des « petits » est elle aussi illimitée.

  • De toute façon, les miracles existent : en cas de pépin, ils interviennent, ils sont là pour ça. Et quand ça va vraiment mal, un ange gardien veille au grain : il faut bien qu’il serve à quelque chose. Après quelques jours remplis des pires embûches, après avoir évité les mauvais tours des « grands » (parfois criminels, ils veulent faire vieillir artificiellement les petits !), la coupe est comme pleine. Le destin l’a bien compris qui fait souffler la tempête sur leur bateau et les entraîne sur une île déserte où, libres et solitaires, ils s’égayent furieusement.

  • Le film de Michel Deville est ainsi fait : ouvertement manichéen, souvent burlesque, mélangeant les genres (du comique à l’épouvante, du film d’animation au conte fantastique), sans dialogues (la mise en musique d’Edgar Cosma y pallie parfaitement) : il s’exprime par une douce poésie anarchique en forme de divertimento qui a tôt fait de séduire les plus réticents. Dans Sauve-qui-peut la vie, Godard faisait dire (off) à Marguerite Duras : « Les hommes sont plus enfants que les femmes, mais ils ont moins d’enfance. » Avec La Petite bande, Michel Deville (un homme, donc) dément avec éclat cette assertion pourtant si belle : son film est « d’enfance », comme un livre peut l’être. Rejoignez la petite bande.

LIBÉRATION - Olivier Séguret