MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

Lucky Jo

Michel Deville Lucky Jo

Christopher Joett, sympathique mauvais garçon au grand cœur, porte la poisse à son entourage, ce qui lui a valu le surnom de « Lucky Jo ». À sa sortie de prison, personne ne veut plus « monter de coups » avec lui. Seul, son ami Simon accepte de le recevoir. Ce dernier, reconverti en garagiste à Bougival, prête une Peugeot 404 à Jo pour qu'il aille revoir Mimi, son ancienne petite amie chanteuse dans un beuglant de Pigalle. Pendant que Jo fête ses retrouvailles avec sa belle, la malchance frappe de nouveau : des gangsters volent la 404 pour commettre un braquage et la police a aussitôt fait de retrouver le propriétaire du véhicule, le garagiste Simon…

France / 1964 / 87 min
Avec Eddie Constantine, Pierre Brasseur, Françoise Arnoul, Georges Wilson, Christiane Minazzoli, Claude Brasseur, Jean-Pierre Darras, André Cellier, Christian Barbier.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Nina Companeez et Michel Deville, d'après le roman Main pleine de Pierre-Vial Lesou (collection Série noire des Éditions Gallimard)
Production Jacques Roitfeld
Dialogue Nina Companeez
Musique Georges Delerue
Montage Nina Companeez
Photographie Claude Lecomte
Son Raymond Gauguier

EXTRAITS CRITIQUES

  • Un film avec Eddie Constantine comme vedette, c’était, pour Michel Deville et sa collaboratrice Nina Companeez, un film de commande, qui devait se référer à des lois bien établies depuis Cet homme est Dangereux et La Môme vert-de-gris. Michel Deville et Nina Companeez ont joué le jeu. Les amateurs de Constantine traditionnel ne seront pas déçus. Jo se fourre dans des situations insensées, il se bat bien, il a toujours pour les dames l’œil de velours et la désinvolture de Lenny Caution et autres Harry Blake. L’action du film est aussi mouvementée que bien menée, les dialogues fusent comme au feu d’artifice, la distribution est impeccable. On remarque particulièrement Pierre et Claude Brasseur, en policiers, père et fils, de savoureuse fantaisie.

  • Donc, Michel Deville a entrepris un film commercial et il l’a réussi. Est-ce à dire que ceux qui voyaient en lui un auteur original, au style et à l’univers déjà bien définis seront déçus ? Et bien, non, je ne crois pas. Car Lucky Jo est une œuvre très personnelle, dans le ton poétique et mélancolique, drôle et profond, tendre et amer, des comédies que Michel Deville et Nina Companeez nous ont offerts précédemment.

  • Après le démarrage éblouissant des premières séquences où Jo établit sa réputation de porte-déveine, la tristesse diffuse, à la Musset.

  • Michel Deville a l’art des nuances. Il suffit d’un rien, d’une poignée de cerises que Jo et Simon mangent, la nuit, dans un jardin de banlieue, pour que soit introduit un élément humain qui a presque toujours manqué, jusqu’ici, aux personnages interprétés par Eddie Constantine. Ce truand est un homme et un homme malheureux. Il a le sourire aux lèvres et le désespoir au cœur. Il croit en l’amitié mais il porte malheur à ses amis. Il reconquiert la femme qu’il aime, mais, aussitôt, elle est assassinée par un jaloux. Dans ce divertissement inspiré de la Série Noire, Jo apparaît comme un héros romantique. C’est par dérision qu’on l’appelle Lucky (le chanceux). Il a la chance de se tirer des pires situations, mais c’est à la fois au détriment des autres et de son propre bonheur.

  • Au XIXème siècle, Jo se serait appelé Antony ou Hernani. Dans le cinéma français d’aujourd’hui, c’est un personnage qui ressemble à la fois au Gabin de Quai des brumes et au Belmondo de A Bout de souffle mais qui n’est jamais tragique. Simplement, quoi qu’il fasse, il ne peut pas être heureux, il est condamné à rester seul. C’est tout seul qu’il s’en va, à la fin, après que la mort du dernier survivant de la bande, Simon, ait été évitée de justesse.

  • Jean-Luc Godard, dans un sketch des Sept péchés capitaux et Claude de Givray dans Une Grosse tête, avaient déjà tiré un excellent parti de la décontraction d’Eddie Constantine, de son « style américain ». Michel Deville a poursuivi dans cette voie. De plus, il a fait apparaître chez Eddie Constantine une sensibilité et une gravité qu’on ne lui connaissait pas. Michel Deville est un remarquable directeur d’acteurs et un auteur dont la finesse n’a d’égale que l’intelligence. Tenu d’introduire dans son film les fameuses bagarres que tout le monde attend, il a donné à ces morceaux de bravoure une valeur psychologique. Elles correspondent toutes à des états d’âme de Jo.

  • L’élégance de l’écriture et la subtilité du ton donnent à ce film d’action une résonance poétique assez rare. Michel Deville est, décidément, l’un des jeunes auteurs les plus doués du cinéma français.

TÉLÉRAMA – Jacques Siclier