MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

Péril en la demeure

Michel Deville Péril en la demeure

Un homme assez jeune, assez naïf, assez beau, pénètre un jour en une demeure – et il y va de sa naïveté, de sa jeunesse, de sa vie.

France / 1985 / 100 min
Avec Christophe Malavoy, Nicole Garcia, Anémone, Michel Piccoli, Richard Bohringer.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Michel Deville d’après le roman de René Belletto « Sur la terre comme au ciel » éditions Hachette
Production Emmanuel Schlumberger pour Éléfilm, Gaumont, TF1 Films Productions
Dialogue Michel Deville
Musique Brahms, Granados, Schubert
Montage Raymonde Guyot
Lumière Martial Thury
Cadrage Max Pantera
Son André Hervée, Alain Sempé et Claude Villand

EXTRAITS CRITIQUES

  • Un beau roman : « Sur la terre comme au ciel » vient de donner un beau film : « Péril en la demeure », de Michel Deville. Ce doublé est si rare qu’on est ravi.

  • D’abord, quatre personnages insolites, plus ou moins à côté de leurs pompes, : David (Christophe Malavoy), joueur de guitare funambulesque, assez paumé. Edwige (Anémone), célibataire bancale, cocasse et voyeuse. Graham (Michel Piccoli) homme d’affaires énigmatique sous un vernis d’impossibilité. Daniel (Richard Bohringer), un tueur étrange. Ces quatre protagonistes incongrus jouent peut-être une énorme comédie… Pendant toute la première heure du film on peut avoir affaire à des affabulateurs de génie. Daniel n’est peut-être pas un tueur, Edwige n’est peut-être qu’une cinoque et Graham qu’un bourgeois bétonné.

  • David donne des cours de guitare à Viviane (Anaïs Jeanneret), la fille de Julia (Nicole Garcia) et de Graham. Il devient l’amant de la mère. Rien que de très banal. Mais le tueur épie, rôde, sauve la vie à David, se lie d’amitié avec lui. Bientôt tous les personnages s’ouvrent mutuellement leurs portes, se convoitent, s’aimantent. Le film est un ballet de rencontres, de visites, de chassés-croisés… Un réseau serré d’espionnite et de voyeurisme. Un climat d’érotisme très singulier baigne ses va-et-vient. Tous à côté de leurs pompes, mais un tantinet pervers, légèrement obsédés. Mais rien de pesant, des flashes, des coups d’œil, des étreintes très belles… Le sexe est partout, mais oblique ou réfracté… on regarde, on est regardé, photographié, filmé… vertige de reflets et de dédoublements.

  • L’intrigue exploite des stéréotypes patents : adultère, tueur, microfilms, meurtre, héros innocent, entraîné dans un traquenard de roublards. Mais c’est comme si on ne s’en rendait pas compte. La véritable action reste invisible pendant les trois quarts du film. Les personnages gravitent à la périphérie d’un centre qui n’est jamais exhibé.

  • D’où le jeu, l’élégance, la subtilité continuelle, l’escrime… Nicole Garcia se déguste à la petite cuillère. Malavoy est complètement personnel, Anémone hilarante, Bohringer, Piccoli, tous sont retors, détraqués, aériens… C’est un jeu et le grand jeu. Un régal.

VSD - Patrick Grainville