MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

Eaux profondes

Michel Deville Eaux profondes

À Jersey, Mélanie (Isabelle Huppert) et Vic (Jean-Louis Trintignant) forment un couple particulier, même s'ils sont bien intégrés dans la population locale. Mélanie séduit d'autres hommes et Vic regarde son épouse dans les bras des autres, sans manifester extérieurement la moindre jalousie. Il s'arrange toutefois pour faire peur aux prétendants et les éloigner de sa femme. Un jour, celle-ci s'éprend du pianiste Carlo. Lors d'une soirée, Vic le tuera en faisant croire à une mort accidentelle dans une piscine. L'enquête conclut à l'accident, mais Mélanie accuse son mari. Arrive alors un Canadien, que Mélanie séduit à nouveau. Vic le tue également, faisant disparaître le corps. Mélanie accuse à nouveau son époux, mais l'enquête est close, faute de cadavre. Mélanie se remet alors à aimer son mari et ils forment à nouveau un couple idéal.

France / 1981 / 94 min
Avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Sandrine Kljajic, Philippe Clévenot, Robin Renucci, Christian Benedetti.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Florence Delay, Michel Deville, Christopher Frank d'après le roman Deep Water de Patricia Highsmith
Production Eléfilm - Hamster Productions - France 3 (FR3)
Musique Manuel de Falla
Montage Raymonde Guyot
Lumière Claude Lecomte
Cadrage Claude Bourgoin
Son André Hervée

EXTRAITS CRITIQUES

  • Voilà un film d’une élégance implacable et dont les qualités purement cinématographiques sont, d’emblée, évidentes. L’écriture subtile de Deville, à la fois harmonieuse et complexe, limpide et mûrement élaborée, nous propose un exercice de lecture qui, a cent lieues d’être ardu et rebutant, nous donne un secret mille fois plus vif que celui que nous éprouvons à pénétrer les secrets d’une intrigue policière bien agencée. Eaux Profondes est, par excellence, le film des mouvements d’appareil dont il n’est pas question de mettre la nécessité en doute, des cadrages irréfutables et des savantes variations de tempo obtenue par la maîtrise absolue du montage. C’est la délectation du cinéphile qui retrouve là l’enthousiasme qu’il a pu éprouver, autrefois, aux films d’Hitchcock.

  • Cette référence prestigieuse ne vient pas au hasard, Eaux Profondes, est adapté d’un roman de Patricia Highsmith dont la première œuvre, on s’en souvient, remporta un succès mondial grâce à sa transposition hitchcockienne, L’Inconnu du Nord-Express. Cela ne signifie pas, cependant, que Michel Deville se soit particulièrement attaché à créer un climat de suspens ni à revêtir son intrigue de caractéristiques policières qui n’appartiennent pas, de toute évidence, à la matière littéraire dont il s’inspire. Les péripéties d’Eaux Profondes n’ont pas l’éclat spectaculaire de celles du mélodrame d’Hitchcock. Ce qui lie les deux films, et c’est autrement plus fascinant, c’est la maîtrise avec laquelle ils abordent les méandres d’un univers criminel dont les obscurités nous deviennent peu à peu familières, sans que nous sachions vraiment les élucider. Par d’infinis jeux de regards, ces miroirs que se tendent les protagonistes l’espace d’un instant avant de renoncer aux révélations qui pourraient provoquer la rupture qu’ils ne souhaitent pas, nous participons de la manière la plus active aux menées les plus sournoises, nous nous enveloppons de mystère, sûrs d’en pénétrer l’intimité pour être détrompés le moment d’après.

  • Nous avons mille explications plausibles au comportement des héros d’Eaux Profondes, et celles que peut fournir l’analyse freudienne viennent évidemment avant les autres, mais en fin de compte, ils nous demeurent superbement incompréhensibles. Nous sommes en face de monstres admirables et qui nous frappent d’un étonnement d’autant plus fort qu’il nous apparaissent d’abord quotidiens, gouvernés par des motivations banales : épouse volage et narcissique et qui se conduit bêtement comme se conduisent les jeunes sottes émancipées, mari complaisant résolu à ne pas se donner le ridicule d’être jaloux, garçons de passages heureux de profiter d’une bonne fortune et point fâchés d’ajouter le frisson de la provocation exhibitionniste à leur plaisir puisque que l’homme qu’ils bafouent les observe avec une apparente placidité.

  • Seulement, il n’y a pas de jeune sotte, il n’y a pas de complaisance, et certains garçons de passage manifestent le désir de s’installer. Ce n’est pas si simple. C’est si peu simple que Michel Deville ne nous laisse pas une seconde de répit, qu’il nous harcèle de ses images aiguës et tranchantes, comme nous harcèlent les sonorités obsédantes du Concerto pour Clavecin de Manuel de Falla, qui est plus qu’une musique d’accompagnement, une source d’inspiration, un élément indissociable de la progression du film. Inutile de dire qu’Eaux Profondes est un film d’une extraordinaire tenue, et que ses interprètes, Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant y font merveille.

LE MATIN - Michel Perez