MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

Raphaël ou le débauché

Michel Deville Raphaël ou le débauché

Vers 1830, une jeune veuve intelligente, spirituelle, vertueuse et sensuelle s'éprend follement d'un dandy désespéré, cynique et jouisseur, tous deux seront anéantis par une passion impossible, digne d'une œuvre d'Alfred de Musset.

France / 1971 / 110 min
Avec Maurice Ronet, Françoise Fabian, Jean Vilar
Réalisation Michel Deville assisté de Jean Lefèvre
Scénario et adaptation Nina Companeez
Production Mag Bodard
Dialogue Nina Companeez
Montage Nina Companeez
Cadrage Robert Foucard
Son André Hervée

EXTRAITS CRITIQUES

  • TLe cinéma sied aux auteurs à deux têtes. Autrefois, on fêtait l’équipe Carné-Prévert. Michel Deville et sa complice, la scénariste et dialoguiste Nina Companeez, forment à présent le tandem n°1 du cinéma français. Leur Benjamin ou les Mémoires d’un puceau avait ravi. Encore meilleur que Benjamin, Raphaël nous comble.

  • Raphaël, c’est Benjamin vingt ans après. À cette différence que Deville et Nina Companeez quittent le XVIIIe pour le XIXe et la comédie pour le drame. Souvent ivre, couvert de femmes mais un peu las de toutes ces orgies, Raphaël bâille sa vie en province. Aurore, jeune veuve, pieuse et sereine, se partage entre trois cousines et ses oeuvres de charité. Tout sépare Aurore de Raphaël, un bal les rapproche. Une passion les jette l’un contre l’autre.

  • Du portrait d’un débauché à qui le plaisir laisse un goût de cendre, on passe à une eau-forte : la corruption de la vertu. Aurore veut conquérir Raphaël et le sauver de la débauche. Raphaël veut préserver la pureté d’Aurore. Elle se prostitue et le rejoint dans les bas-fonds. Mais — pour employer le vocabulaire de l’époque — le noceur n’est sauvé ni par Aurore innocente, ni par Aurore dégradée. Il se tue. Aurore, morte vivante, épouse un vieil homme qu’elle déteste. Ainsi se termine un opéra d’une élégance et d’une beauté constantes.

  • On dira : « C’est du mélo ! ». Et quand cela serait, s’il retrouve ses lettres de noblesse ? Une époque revit sous nos yeux. Des lupanars, du vin qui coule, des courtisanes, mais aussi des cousines qui courent, en cape sur leur chemise, voir le soleil se lever sur le lac, des bals qui se passent en chuchotis et des messes en fous rires, des cavalcades à la brune, des mouchoirs de baptiste mordillés de dépit, le sang qui bat aux tempes, les soirs d’été, dans des senteurs de chèvrefeuille. Tout cela, baigné par la pureté lyrique de la musique de Bellini, fouetté par l’inspiration romantique, bouscule le mélodrame. Au Jeu de l’amour et du hasard de Benjamin, s’ajoute la gravité de la passion et de la mort.

  • Dans un rôle à la Gérard Philipe, Maurice Ronet campe avec sûreté un débauché qui manque un peu d’extravagance. Françoise Fabian a fait d’Aurore une admirable figure romanesque, troublante par sa fragilité, par sa fougue contenue, par le combat qu’elle livre contre elle-même. Elle offre de la passion une image à damner les anges.

L’Express – Gilles Jacob