MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

La Lectrice

Michel Deville La Lectrice

Comment une liseuse devient-elle une lectrice ? Pour qui, et pourquoi ? Pour le plaisir du texte, ou celui de la situation ? Plaisir du partage ou goût du mystère ? Jeu de regards et d’initiation, de miroirs et d’imagination… La Lectrice réconcilie l’amour du langage et le langage de l’amour.
Avec Miou-Miou, Patrick Chesnais, Maria Casarès, Pierre Dux, Régis Royer, Brigitte Catillon, Marianne Denicourt, Clotilde de Bayser, Sylvie Laporte, Christian Ruché, Simon Eine, Christian Blanc, Jean-Luc Boutté, Michel Raskine, Maria de Medeiros, André Wilms, Bérangère Bonvoisin.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Rosalinde et Michel Deville d’après « La Lectrice » et « Un fantasme de Bella B. » de Raymond Jean, éditions Actes Sud
Production Rosalinde Deville
Musique Beethoven
Montage Raymonde Guyot
Lumière Dominique Le Rigoleur
Cadrage Max Pantera
Son Philippe Lioret et Claude Villand

EXTRAITS CRITIQUES

  • Constance (Miou-Miou) est blonde, un joli nappage d’humour sucre son caractère. Elle a un compagnon, sympathique mais taciturne. Ils vivent à Arles, que l’on ne reconnaît pas, parce que c’est l’hiver et que Michel Deville est un sorcier affable qui s’approprie les villes.

  • Constance se couche et lit à haute voix La Lectrice, l’histoire de Marie qui justement lit à haute voix. Aussitôt, c’est la délicieuse mise en abîme dite de La vache qui rit : la vache qui rit sur la boîte, avec ses boucles d’oreille en forme de boîte à fromage sur laquelle il y a une vache qui rit avec des boucles d’oreille…

  • Aussitôt, et jamais le lasso léger lancé par le metteur en scène ne se desserrera, nous sommes pris au piège. Constamment consentants et conquis, nous entrons dans le labyrinthe et suivons Constance/Marie à travers les rues et les pages. Car pour gagner sa vie, et rarement expression aura été plus appropriée, Constance est devenue lectrice, comme Marie, à laquelle elle s’identifie.

  • Prenant de l’assurance, elle entre bientôt dans les textes comme chez elle, et avec l’aide de Baudelaire, de Prévert, de Tolstoï, de Lewis Carroll ou du marquis de Sade, métamorphose le quotidien sans peur et sans vergogne. Portant en bandoulière sa besace aux mystères, avec une générosité militante et la conscience délectable de son pouvoir grandissant, elle ouvre alors à sa guise les portes interdites ou permises à la littérature. Le désir né des mots se pose aussi sur celle qui les dispense. Lorsqu’elle lit, elle se livre, elle délivre. Et ne se contentant pas de divertir, peut aller jusqu’à se dévêtir : effet pervers et désopilant de la lecture de L’Amant de Marguerite Duras sur la libido d’un PDG stressé.

  • À l’imaginaire rien d’impossible, il brise les habitudes grises, les tabous mous, il apaise la solitude. Car chacun est seul sur ce manège éblouissant. Mais est-ce si grave, dit Deville, armé d’une feinte désinvolture, si la chair est gaie, enfin, et qu’on n’a pas lu tous les livres. Telle est la morale optimiste de ce film exquis et drôle. C’est un pari impossible qui est gagné ici : entre le voir et le croire, le représenté et le rêvé, Deville invente le naturel de l’irréalité.

  • Sa caméra est au plus près des objets, des regards et des corps. Elle a la franchise, elle a la santé, qui caractérisent aussi Miou-Miou. L’air de rien sous son turban bleu, elle dompte les délires en bonne ménagère, montre sa petite culotte mais ne perd pas son âme. Érotique ? Beaucoup plus et mieux que cela : compatissante, allègre, irréfutable, Miou-Miou est elle-même et toutes les autres. Pleinement comédienne.

LE MONDE - Danièle Heymann