MICHEL DEVILLE FLMOGRAPHIE

Nuit d'été en ville

Michel Deville Nuit d'été en ville

Après les premiers moments d’une première rencontre, après la complicité évidente des corps, se rétablit la distance, renaît la curiosité. Pourquoi lui (Louis) fait-il le pari de s’installer chez elle (Émilie) ? Pourquoi accepte-t-elle de jouer le jeu ? Comment faire à l’autre une place autre que celle qu’il occupe sur l’oreiller ? Comment deviner son adversaire qui est aussi un partenaire, dissimuler les enjeux sous l’insolence et la légèreté ? Émilie et Louis désirent tout connaître de l’autre, désirent être l’autre, mais apprennent qu’il n’y a que des débuts, des doutes et des dangers, et jamais de mot de la fin.

France / 1990 / 85 min
Avec Marie Trintignant, Jean-Hugues Anglade.
Réalisation Michel Deville
Scénario et adaptation Michel Deville
Production Rosalinde Deville
Musique Camille Saint-Saëns
Montage Raymonde Guyot
Lumière Bernard Lutic
Cadrage Max Pantera
Son Philippe Lioret et Claude Villand

EXTRAITS CRITIQUES

  • Il y a des films qui font partie des bonheurs de la vie, de votre vie, comme si leur intimité devenait la vôtre. C’est le cas, et singulièrement, du nouveau film de Michel Deville, Nuit d’été en ville. Le huis clos d’un couple qui s’aime pour la première fois dans la lumière ocre et sensuelle d’un appartement vide.

  • Louis et Émilie, Jean-Hugues Anglade et Marie Trintignant, seuls au monde pendant cette nuit d’été, tour à tour séduits, amusés et émus l’un par l’autre, et osant le pari de la sincérité absolue. La peau et les mots, la peau des mots, les mots à fleur de peau : voilà de quoi tourne et digresse le vingt-cinquième film de Michel Deville, l’artisan discret, qui, depuis trente ans, sait si bien faire affleurer la curiosité et le désir, au détour de récits amoureusement chantournés.

  • Si Michel Deville reste fidèle à un registre élégamment stylisé où le feu brûle sous la glace, chaque nouveau film est comme un défi à relever, l’urgence de ne pas se laisser enfermer dans un genre.

  • Dans Nuit d’été en ville, c’est par la plus extrême impudeur que Deville le timide en arrive à la plus extrême pudeur. Paradoxe qui est l’un des secrets de l’œuvre d’art. Rarement, en effet, film fut plus physique et sensuel en même temps que plus chaste que celui-ci. Les élans amoureux de Louis et d’Émilie passent par la sincérité des mots, des corps, des gestes et des situations. Le trouble naît aussi de la qualité des dialogues ininterrompus, précis et précieux, comme il convient à ce jeu de la séduction. Flux et reflux de mots crus, des souvenirs embués, de spéculations intellectuelles, d’aphorismes persifleurs, d’attendrissements, de projets qui coulent en un langage sans scories et rompent tous les barrages de la prudence et des faux-semblants. Rigueur verbale et élégance morale d’où toute dissimulation, tout mensonge seraient proscrits. Il y a comme un petit bouquet qui fleure bon son XVIIIe tout en restant parfaitement d’aujourd’hui.

  • Nuit d’été est le premier scénario de Rosalinde Deville, c’est l’aboutissement d’une longue collaboration. Michel Deville fait le chef d’orchestre, ce dont il raffole. Voilà le secret de notre metteur en scène : ses films sont ludiques, parce qu’il aime avant tout jouer avec la caméra. Il nous entraîne dans sa ronde.

L'ÉVÉNEMENT DU JEUDI - Michel Boujut